Interview de l'artiste Maud Louvrier Clerc

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La disparition du sable n° 34, Maud Louvrier Clerc, crayon et aquarelle, 26 x 26 cm, 2021

Interview de l'artiste Maud Louvrier Clerc 

Il y a quelque temps, j'ai eu l'honneur et le plaisir de découvrir les œuvres d'une artiste qui dédie beaucoup d'énergie au sujet délicat et important que constitue l'environnement, elle s'appelle Maud Louvrier Clerc.

 Portrait de Maud Louvrier Clerc (c) Vincent GRAMAIN

Elle défend la cause de la préservation de la planète que nous habitons. Avec une extrême sensibilité et un gout délicat, elle tente de transmettre le message du respect pour la nature à son public. 

La pollution et les dégâts que l'homme a causé au monde nous amènera vers l'autodestruction. La Terre telle que nous la connaissons n'existera plus, ni le genre humain. Mais si notre planète arrivera, d'une manière ou d'une autre, à se transformer et à trouver un nouveau moyen de fonctionner, nous (ou les générations à venir) ne serons, au contraire, plus ses hôtes, ne profiterons plus de sa générosité ou de sa beauté. Cette réalité, connue de tous, est ignorée par la plupart d'entre nous, car elle nous semble trop compliquée pour essayer de la changer.

L'artiste Maud Louvrier Clerc aime mettre le spectateur face à la désolation que l'homme a provoqué à son environnement. Quels sont les sentiments que les œuvres de l'artiste nous procurent? Peut-être la rage, la tristesse, l'impuissance ou alors peut-être l'envie de faire et de s'engager pour changer les choses. 

Pour moi, ses œuvres ont été telle une gifle car dans un premier temps, j'ai eu la sensation de ne pas pouvoir rétablir un environnement sain de mes seules forces. Mais après le choc initial, j'ai compris l'importance de ma prise de conscience de l'état actuel, rien que pour apprécier vraiment ce que j'ai aujourd'hui : la nature qui m'entoure et qui me remplit de joie.

Maud Louvrier Clerc est une artiste hétéroclite. Elle réalise  sculptures, peintures, photographies, sérigraphies, design, collages, dessins, gravures et installations.

Je vous laisse découvrir l'interview de l'artiste ci-dessous.

En quelques phrases, comment avez-vous décidé de devenir artiste et quelles étapes ont fait de vous une artiste ?

J’écris des poèmes depuis l’âge de 9 ans, j’ai fait 10 ans de guitare classique, 20 ans de danse, 3 ans de théâtre et j’ai dessiné toute mon enfance puis suis passé aux pastels et à l'aquarelle pendant mes études supérieures. J’ai suivi pendant 7 ans plusieurs formations en histoire de l’art, d’abord au lycée, puis en cours du soir à l’Ecole du Louvre et enfin chez Christie's Education. Ensuite, j’ai travaillé dans l’investissement socialement responsable. Et un jour, suite à une maladie, j’ai réalisé que je ne pouvais plus attendre d’être qui j'étais vraiment : une artiste.

J’ai commencé à pratiquer dans des ateliers collectifs auprès de maîtres (gravure, calligraphie, sérigraphie), puis j'ai rejoint des projets artistiques participatifs et enfin j’ai réalisé des résidences artistiques.

À votre avis, quel est le rôle de l’art dans le monde d’aujourd’hui ?

Le rôle de l’art est multiple, il peut consoler, alerter etc.  Je pense que celui que j’ai envie de lui conférer est d’ouvrir des portes ; d’insuffler une énergie positive ; d'inspirer une poésie ou juste l’envie de s’arrêter pour prendre le temps de contempler la beauté qui nous entoure, une montagne, un grain de sable ;  de faire émerger un nouvel état de conscience, permettant la création d’un développement durable à travers une société plus juste et un plus grand respect de notre environnement. 

En le disant, j’ai tout à fait conscience que l’objectif est utopiste. Ainsi peut être que le rôle de l'art est aussi de nous refaire prendre conscience que tout est possible et de nous redonner collectivement espoir en l'avenir.

Comment aimez-vous exposer vos œuvres ? Quel dispositif aide à faire rassortir la puissance de votre art dans un contexte expositif ?

Je préfère un décor sobre car cela permet aux œuvres de pouvoir s’exprimer. La possibilité de pouvoir réaliser des installations (au sol) ou des accrochages (au plafond) aide à faire ressortir la profondeur de certaines œuvres (au mur). Cependant un décor très présent peut devenir au-delà de la contrainte une réelle source d’inspiration. 

Ce qui est essentiel, c’est surtout le dialogue avec les curateurs, les galeristes ou les directeurs des centres d’art. Notre écoute mutuelle, pour eux la compréhension de ma démarche, pour moi celle de leurs publics et la spécificité du lieu, nous permettent de coconstruire un projet d’exposition et une scénographie qui sont adaptés au contexte historique, économique, social et/ou environnemental de l'espace.

La possibilité de réaliser des installations participatives est aussi un vrai plus dans le cadre de ma démarche d’art engagé.

Quel élément pensez-vous pourrait aider les artistes contemporains à se dédier davantage à leur métier ?

Pouvoir rejoindre davantage de résidences rémunérées pendant 3 à 12 mois, que ce soit au sein de centres d’art, d’écoles, d’entreprises, dans la sphère privée ou publique, serait un vrai plus. Il en existe trop peu aujourd’hui et les jury sont submergés de dossiers.

Merci beaucoup à l'artiste pour ses réponses.

Examinons ensemble deux œuvres très récentes choisies par l’artiste et accompagnées par deux poésies écrites par l’artiste même.

La première s’appelle RÊVE D’AVENIR, voici sa photo :

Description de l’œuvre : « Rêves d’avenir » est un bancs-sculptures en pierre naturelle formé par plusieurs nuages, signé par Maud Louvrier Clerc et édité par Mobilier Urbain Muzzarelli. L’œuvre est d’un côté bicolore : grise et beige-rosé, de l’autre unie beige-rosé. Elle tient en équilibre comme si le nuage venait de se poser sur le sol. La fabrication de l’œuvre nécessite une technologie de pointe et un savoir-faire artisanal.

Chaque nuage est composé de 4 carronds qui s’interpénètrent. Un carrond est le nom donné par l'artiste à une forme d’équilibre née de la fusion d'un carré et d'un rond. Le nuage fait référence au climat et les 4 carronds symbolisent les 4 piliers du développement durable : économie, social, environnement et culture.

Ce mobilier d’art évoque l’importance de prendre en compte le climat pour créer un développement durable et de concrétiser ses Rêves d’Avenir. 

Matière : Pierre Laval du Tarn

Dimension : 1,50 m x 1,20 m x 0,83m

Année de création : 2021

Lien vers le site de l’artiste : http://maudlouvrierclerc.com/works-655.html.

La poésie que l’artiste a choisi pour l’accompagner est issue de son recueil « Un Songe au Bord des Lèvres »:

L’Ascenseur des Passions

La Force des Montagnes

Le Souffle de l’Energie

Et trois respirations

L’une pour enflammer mes yeux

La seconde pour fermer mes poings

Pour qu’à la troisième je puisse tenir tête au destin.


La deuxième œuvre s’appelle LA DISPARITION DU SABLE n° 39.

Description de la série : « La disparition du sable » est une série de dessin-aquarelle de grains de sables observés ou fantasmés par l’artiste. Telle l’érosion qui la produite, des couches pigmentaires s’inscrivent dans un mouvement naturel de va et vient sur le papier laissant leurs empreintes en se retirant. Dans ces œuvres, Maud Louvrier Clerc, nous met face à la notion du rapport au temps qui différencie l’homme de la nature. 

Représentant le sable en vue agrandie depuis un microscope, notre regard fini par se perdre dans la notion des dimensions de l’infiniment petit du grain de sable et de l’infiniment grand des iles qui semblent se dessiner. Dans ce travail de déconstruction, notre nouvelle définition même du sable, nous permet de voir les liens de cause à effet entre sa disparition et la destruction annoncée des littoraux. La plasticienne s’est inspirée des nombreux documentaires évoquant comment le sable est devenu en quelques décennies une matière de plus en plus précieuse. Donnant même naissance à de véritables mafias qui en contrôle dorénavant le commerce. Mettant ainsi en péril la solidité des structures bâties, puisque le sable de construction est soumis à des normes très strictes en ce qui concerne sa constitution.

Maud Louvrier Clerc se passionne également pour l’esthétique de sa composition qui peut révéler jusqu'à 180 minéraux faits de multitude de formes et de couleurs ainsi que des débris calcaires, des squelettes de coquillages et de crustacés. Ses peintures deviennent ainsi des archives du sable comme un témoignage avant sa disparition.

Matière : acrylique, brou de noix, encre de chine et sel de mer

Dimension : 80cm de diamètre

Année de création : 2021

Lien vers le site de l’artiste : http://maudlouvrierclerc.com/works-646.html.

Et, en écho, la poésie issue du même recueil « Un Songe au Bord des Lèvres » :

Ballade en bord de mer

Des dunes, dunes, dunes de sable,

Où des herbes, des herbes folles

Dansent au rytme, rythme, rythme

Des vagues, chantent, chantent

Ton nom...


Des coquillages blancs, blancs, blancs

Sur la sable, traversent les plages,

Les plages comme les nuages, nuages

Où se dessine, se dessine

Ton visage...


Dans toutes, toutes ses heures, ses heures

Loin de toi, je ne vois plus,

Je ne vois plus que toi, toi

Et ton ombre,

Et ton nom,

Et ton visage,

Dans ses dunes, dunes, dunes de sable

Et de coquillages...


Si vous voulez en savoir plus sur sa dernière exposition "LE GRAND PLONGEON" qui se tient au Conservatoire des Arts de Montigny le Bretonneux en France, du 16 septembre 2021 au 21 octobre 2021, je vous laisse suivre ce lien : http://maudlouvrierclerc.com/archives-419.html

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